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Incognita
Nous n’avons avec cette nouvelle revue aucune cible ou, s’il en est une, alors elle est un territoire où l’on n’arrive jamais… Pas de cible mais un axe – on pourrait dire un axe de vie : tenir debout, debout contre ce qui nous menace : le non-sens, l’inculture grandissante, les farces et attrapes des médias et le perpétuel enlacement du mal et de la bêtise… Telle est sa finalité la plus immédiate. Certes, nous évoluons sur la voie la plus étroite qui soit, sur une corde raide pour tout dire, en équilibre donc, mais nous avons l’âme des funambules, responsables d’abord devant nous-même avec toujours la puissance du vouloir et la force d’avancer, n’en déplaisent aux misérables qui de loin nous observent et aimeraient nous voir tomber. Nous ne tomberons pas. Notre balancier, nous l’avons construit avec des mots – les mots simples du désir, les mots vrais du bonheur ou du malheur de vivre, les mots légers du rêve – car il n’est rien, on le sait, de plus résistant que les mots. Ils sont notre centre de gravité, tout à la fois notre irréductible espace de liberté et ce qui nous met en jeu. Bien entendu, nous avons besoin de lecteurs pour faire notre numéro et nous nous adressons à chacun… « mais à chacun en tant que Singulier », comme disait Kierkegaard. Le lecteur de masse, lui, aussi sympathique et généreux puisse-t-il être, risque en effet de nous faire perdre et l’équilibre et le secret de notre force : rester incognito.
Pierrick Hamelin
n° 4, janvier 2009 ISBN : 2-84273-683-5 nombre de pages : 152 dimensions en mm : 210 x 210 x 9 prix TTC : 15.00€
Sommaire
:
Éditorial
DOSSIER : RUFUS
Rufus est bête, faites passer…
par Nicolas Grondin
Tout récemment…
par Philippe Adrien
Bienséance non respectée !
de Marc Chatellier
Le petit vé lo dans sa tête
par Nadine Monfils
En jouant Godot
par Nicolas Grondin
Entretien avec Nicolas Grondin
par Luc Vidal
Rufus alias Cripure
ou la philosophie du désespoir
par Alain Besson
Le Sang noir
de Rufus
Un mitoyen du monde
par Bernard Chouraqui
De l’aveuglement du bon sauvage
22 mars 2005
de Rufus
Rufus ou l’hymne à la vie
par Luc Vidal
Notice bibliographique
par Rufus
CHRONIQUES
Portrait de Rio de Janeiro
Tempus/Templus
de Nelly Gutmacher et Paulo Cunha
Retratos do Rio de Janeiro
Éditions du Petit Véhicule
par Jean-Luc Pouliquen
En philosophant dans la Cidade maravilhosa
par Marly Bulcão
Journées de Nietzsche à Rio de Janeiro
par Rosa Dias
Mémoires d’une ville intime : Rio de janeiro, Tiradentes et Paris
par Alvaro de Pinheiro Gouvêa
Brasileirinho, un film musical à l’accent carioca
par Ivan Frias
Impressions musicales de Rio de Janeiro
par Gaspar Paz
C´est le peuple qui fait l´empreinte de ce pays, rieur, talentueux, heureux
par Renata Bulcão
Cidade de Deus : entre violence et espoir
par Bernardo Lassance Britto
Les morts ne dansent pas la samba
par Alain Bidaux
Voyage dans la vallée du café : une aventure dans l’espace et dans le temps
par Marcelo de Carvalho
GUILLEVIC DE NOTRE VIVANT
par Christian Ryo
RUBRIQUES
Carte blanche à un auteur
Itinéraire de Pierre Henry
Un éditeur à son auteur
Gilles Fournel et la revue Sources
par Claude Serreau
Inédit
Grimpe
de Thierry Picquet
Entretien avec Jean-Luc Steinmetz
par Christian Bulting
Entretien avec Michel Simonot
par Anna Topaloff
Chanson…
Béa Tristan
par Michel Trihoreau
Lectures
En relisant Julien Gracq
par Jean-Claude Dorchies
Archives
Conversation avec Julien Gracq
par Patricia Delalande et Daniel Garnier
Cinéma
Julien Gracq et le cinéma
par Jacques Boislève
Critiques littéraires
L’homme blanc de Ph. Dossal, Un lieu entendu de M. Morillon, Vous vous appelez Michèle Martin de Nicole Malinconi, Le retour de l’abbé Fournier de J. -P. Raison, Khyber Pass de C. Decours, Les Bienveillantes de J. Littell, Victor Jara de J. Jara
Anthologie poétique
Pierre-Marie Blanquet , Sabrina Poulet, Anne Salager
Addenda
Môrice Benin
Carte blanche à l’artiste
Athali
Édito
:
« Je dois dire que je suis porteur d’extraordinaires bonnes nouvelles et c’est ce qui me permet de tenir le coup joyeusement » Rufus
La fantasia, mot d’origine arabe venant d’Espagne définit une démonstration équestre de cavaliers arabes. La fantaisie est une création libre et imprévisible, une sorte d’apparition étymologique. Cette Incognita n°4 s’est transformée en scène de mots pour tenter de faire connaître ce Rufus de la fantaisie, capable de se faire dompteur d’un vocabulaire sauvage de la libre représentation comme un cavalier apprivoisant l’équidé. Vous y découvrirez l’entretien-portrait vivant et fertile de Rufus réalisé par N. Grondin. Vous comprendrez pourquoi Rufus s’identifi et à l’arbuste rosier. Philippe Adrien, Marc Chatellier, Nadine Monfils proposent des angles de vue complémentaires et inédits sur l’artiste. Par ailleurs, N. Grondin raconte comment Rufus s’est immergé dans l’oeuvre de Samuel Beckett, « le plus français des Irlandais ». Alain Besson saisit les enjeux idéologiques du Sang Noir de Louis Guilloux et de Rufus interprétant à l’écran un Cripure d’anthologie.
Vous lirez Rufus parlant de son métier d’artiste et de ce rôle de composition.
J.- L. Pouliquen ramène du Brésil un portrait singulier de Rio de Janeiro en donnant la parole à P. Cunha, M. Bulcão, R. Dias, Á. de Pinheiro Gouvêa, I. Frias, G. Paz, R. Bulcão, B. Lassance Britto, A. Bidaux, M. de Carvalho et la vue au photographe M.- A. Gambôa et à l’artiste N. Gutmacher. C. Ryo présente le « corps libre » de sa rencontre avec Guillevic. Pierre Henry, homme du Nord souligne les révélations de la matière et de la parole. Cl. Serreau rend hommage à Gilles Fournel et à la revue Source. C. Bulting interroge Jean-Luc Steinmetz sur le sens du poème. Thierry Picquet grimpe sur le dos de la nouvelle. Michel Simonot sonde la création contemporaine et l’écriture théâtrale. Béa Tristan vit selon M. Trihoreau la chanson « comme une seconde nature ». J.- C. Dorchies, P. Delalande, D. Garnier, J. Boislève évoquent Julien Gracq. Enfin Athali, au pays des tondos signe le feu des couleurs expressives.
« Je suis le rosier au pied de la vigne » confie Rufus. Juste et féconde métaphore de l’art et de l’artiste. Rufus a « le pouvoir de nous faire rentrer dans son spectacle comme dans une extraordinaire métaphore, en nous faisant rire, de nous arracher à la pesanteur » écrit B. Chouraqui. Sa fantaisie est légèreté, son humour est profondeur. Je comprends mieux pourquoi chez Rufus vie et oeuvre, c’est tout un, haute conscience humaine et haute joie de vivre.